Bandura (1925)

Idées maîtresses

  • Bandura se situe dans la continuité des approches behavioristes et néo behavioristes et apporte une nouvelle conception et de nouveaux concepts qui semblent avoir été influencés par le cognitivisme (il utilise des notions comme la mémoire représentationnelle) et gestaltistes (il utilise la notion d’insight)
  • Apprentissage social. Bandura se détache des vues mécanistes du conditionnement : il parle plutôt d’apprentissage par les conséquences des actions (il rejoint en cela Skinner). Il met en évidence le rôle, qu’il juge primordial, des fonctions cognitives et de la motivation ainsi que le concept de sentiment d’auto efficacité
  • Apprentissage par l’observation (modelage)
  • Renforcement et punition vicariants.
  • Il introduit également la notion d’autorenforcement (anticipation des bénéfices attendus en l’absence de renforcement immédiat)

Analyse de document

 

Tous les extraits, sauf indication contraire, sont issus d'une seule source. Ce document reprend des extraits de l’ouvrage « L’apprentissage social » écrit par A. Bandura et traduit par Rondal (Mardaga, 1980)

 

Inné et acquis

 

► Pour Bandura, il y a inter influence entre l’expérience et les facteurs biologiques innés

 

« Sauf pour les réflexes élémentaires, les individus ne disposent pas de répertoires innés de comportement. Ils doivent les apprendre… Les facteurs biologiques, certes, jouent un rôle dans le processus d'acquisition… Bien qu'il existe toujours des innéistes et des environnementalistes radicaux, il est maintenant largement reconnu que les influences expérientielles et physiologiques interagissent de subtile façon pour déterminer le com¬portement et qu'elles ne peuvent de ce fait être facilement dissociées. »

 

Apprentissage par les conséquences des actions

 

► Pour Bandura, les nouveaux « patrons de réponse » (qui permettront de générer de nouveaux comportements) sont acquis par l’expérience (au sens comportementaliste du terme, à savoir expérience par observation des conséquences d’un comportement) mais aussi par l’observation (apprentissage par modelage ou imitation). Ceci marque une évolution par rapport aux conceptions béhavioristes et néobéhavioristes

 

« Les nouveaux patrons de réponse sont acquis soit par expérience directe, soit par observation. »

 

► Il reprend la notion d’expérience directe (renforcement différentiel des réponses produites par l’individu) des (néo)béhavioristes mais qui, selon lui ne peut expliquer qu’une partie de l’apprentissage. Il complète cette approche par celle d’expérience (ou apprentissage et par extension, renforcement) vicariant réalisé par l’observation des conséquences d’un comportement produit par un autre.

 

« Le mode d'apprentissage le plus élémentaire, enraciné dans l'expérience directe, est un résultat des effets positifs et négatifs produits par les actions. Dans les affaires de tous les jours, certaines réponses sont efficaces tandis que d'autres n'ont aucun effet ou amènent des conséquences punitives. C'est par ce processus de renforcement différentiel que les formes efficaces de comportement sont finalement retenues, les formes inefficaces étant éliminées.

 

► De plus, il semble minorer la vue mécaniste (automatique) de l’apprentissage par renforcement présentée par les béhavioristes en considérant que l’apprentissage réel (efficace, puissant) découle d’une prise de conscience de l’individu des conséquences de ses actions. Par après, les nouveaux patrons de réponses peuvent, le cas échéant, être routinisés, la prise de conscience n’étant plus nécessaire à la réalisation du comportement (par ex. conduite d’une voiture).

 

« Des actions simples peuvent être modifiées par leurs effets sans qu'il y ait prise de conscience des relations entre action et résultat de l'action. Cependant, les capacités cognitives des humains les rendent capables de tirer un plus large profit de l'expérience que s'ils étaient des organismes démunis des pouvoirs de la pensée. »

 

« Bien qu'il soit difficile d'apprendre sans prise de conscience et sans l'aide de la pensée, une fois que les patrons comportementaux sont bien établis, ils sont exécutés sans intervention de la conscience. »

 

« Le conditionnement est simplement un terme descriptif pour l'apprentissage qui résulte de l'association des différentes stimulations et non une explication de la façon dont le changement intervient. A l'origine, on supposait que le conditionnement résultait automatiquement des événements qui survenaient en même temps selon le temps. Un examen plus détaillé a révélé cependant que ce conditionnement est en fait médiatisé cognitivement. »

 

« Bien que le problème ne soit pas entièrement résolu, il y a peu d'évidences en faveur de l'hypothèse selon laquelle le renforcement façonne automatiquement le comportement humain. »

 

► Un renforcement a différentes fonctions : une fonction informative, motivante et renforçante, cette dernière étant, pour Bandura, sujette à controverse.

 

« Les conséquences des réponses ont plusieurs fonctions. Premièrement, elles fournissent de l'information. Deuxièmement, elles motivent en raison de leur valeur de récompense ou de punition. La troisième fonction, et la plus controversée, concerne l'effet de renforcement automatique des réponses. »

 

« Un grand nombre de données confirment la validité de la conception selon laquelle le renforcement sert à informer et à motiver plutôt qu'à augmenter mécaniquement la force de la réponse. »

 

« Le renforcement fournit un moyen effectif de contrôler les comportements déjà appris mais il est relativement inefficace en tant que moyen de créer les comportements. »

 

Modelage (apprentissage par modelage)

 

► Bien qu’on parle parfois d’imitation (cf. Depover, 2006), le terme exact est celui de "modelage". L’apprentissage par modelage se réalise par l’observation des comportements d’autrui et de leurs conséquences. L’individu en pareille situation, n’observe pas seulement le comportement ou les conséquences de ce comportement mais également les traits pertinents de l’activité qui entrent en interaction avec l’action du sujet observé et les conséquences des actions menées. Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une imitation, d’une reproduction du comportement d’autrui.

 

« L'apprentissage serait excessivement laborieux et risqué si les individus devaient se baser uniquement sur les effets de leurs actions de façon à être informés sur ce qu'il faut faire. Heureusement, la plupart des comportements humains sont appris par observation au moyen du modelage. A partir de l'observation d'autrui, nous nous faisons une idée sur la façon dont les nouveaux comportements sont produits. Plus tard, cette information sert de guide pour l'action. Les individus sont capables d'apprendre ce qu'il faut faire à partir des exemples vus, au moins de façon approximative, avant de produire le comportement. »

 

Fonctions cognitives

 

► Bandura attache une importance première aux fonctions cognitives nécessaires pour que l’individu puisse tirer parti d’un apprentissage par les conséquences de ses actions ou par l’observation des comportements d’autrui. A noter l’utilisation du terme « insight » qui montre l’influence des théories gestaltiste dans la « pensée » comportementaliste que Bandura entreprend de faire évoluer.

 

« Les gens ne tirent pas grand chose de leurs expériences même répétées jusqu'à ce qu'ils reconnaissent que les événements sont corrélés. Les conséquences des réponses ne les affectent pas non plus, s'ils ne savent pas ce qui est renforcé. Les augmentations subites dans le comportement qui suivent la découverte des contingences de renforcement signalent le moment où l'insight intervient. »

 

La motivation

 

► Bandura est considéré comme un précurseur quant à la prise en compte de l’importance des facteurs motivationnels dans l’apprentissage. Il développera le concept de « sentiment d’auto efficacité » de l’étudiant face à une situation, à un cours à étudier. Cette notion n’est pas abordée dans le texte de référence mais il est néanmoins possible de trouver de nombresues éléments intéressants à partir d'autres sources largement diffusées.

 

« Il y a plus de chance qu'ils adoptent un comportement modèle si les résultats du comportement ont de la valeur que s'il aboutit à des effets non renforçants ou punitifs. »

 

« Les gens expriment ce qui est susceptible de les satisfaire et rejettent ce qu'ils désapprouvent personnellement. »

 

« …l'échec d'un observateur à reproduire le comportement d'un modèle peut résulter soit d'un manque d'observation des activités pertinentes du modèle, d'un codage incorrect des événements modèles au niveau de la mémoire représentationnelle, d'une rétention insuffisante de ce qui a été appris, d'une incapacité physique d'accomplir l'action en question, ou encore d'un manque d'incitation en termes de bénéfices attendus. »

 

« Les représentations cognitives des résultats futurs servent de facteurs motivants pour le comportement. Beaucoup de choses que nous faisons sont orientées vers l'obtention d'un bénéfice anticipé ou l'évitement de difficultés futures. »

 

« L'auto-motivation exige des standards par comparaison pour évaluer la performance. Lorsque les individus se donnent des objectifs explicites, le fait de percevoir une différence négative entre ce qu'ils font et ce qu'ils cherchaient à faire produit de l'insatisfaction. Cette dernière sert à motiver le changement. »

 

► Hors document de référence : motivation

 

« La motivation est un processus interne que l'on ne peut directement observer et qui amène une personne à émettre un comportement, à poursuivre un but. »

 

« Dans la théorie de Bandura, il existe trois formes de motivation : la motivation intrinsèque, la motivation extrinsèque et la motivation vicariante (on dit aussi renforcement vicariant). »

 

Sentiment d’auto efficacité ou "Sentiment d’efficacité personnelle" (SEP) (hors document de référence)

 

► Le sentiment d’auto efficacité est la perception d’un individu de ses capacités à réaliser une activité et par extension à réussir l’évaluation qui porte sur un cours. Ce sentiment influence la motivation du sujet par rapport à l’activité.

 

« Bandura considère que le sentiment d'efficacité personnelle joue un rôle essentiel dans l'apprentissage et influence favorablement la motivation. Différents facteurs peuvent influer sur le sentiment d'efficacité personnel comme le succès rencontré précédemment par le sujet dans une tâche comparable, l'observation de la réussite d'un autre individu qui sert de modèle, l'intervention directe en persuadant le sujet qu'il peut réussir. » (extrait des notes du cours de C. Depover, 2006, DESTE, Université de Mons)

 

« Selon cette théorie définie par BANDURA, la perception qu'a un individu de ses capacités à exécuter une activité influence et détermine son mode de penser, son niveau de motivation et son comportement. BANDURA prétend que les personnes cherchent à éviter les situations et les activités qu'elles perçoivent comme menaçantes, mais elles s'engagent à exécuter les activités qu'elles se sentent aptes à accomplir. Pour BANDURA, l'expérience vicariante, c'est à dire l'opportunité de pouvoir observer un individu similaire à soi-même exécuter une activité donnée, constitue une source d'information importante influençant la perception d'auto-efficacité. »

 

Le renforcement vicariant

 

► Le renforcement vicariant intervient lorsque les conséquences perçues comme positives par les individus qui observent un comportement d’autrui ont tendance à augmenter ce type de comportements.

 

« Le renforcement vicariant intervient lorsqu'une personne anticipe une récompense après un comportement pour lequel une autre personne a été récompensée. L'apprentissage s'élabore en trois temps: tout d'abord, le sujet observe le comportement d'autrui, ensuite il prend connaissance des conséquences engendrées par ce comportement et enfin, il agit en espérant une récompense comparable à celle observée chez autrui. Un élève observe qu'un compagnon de classe est félicité par le maître pour avoir fourni très rapidement la réponse correcte à une question. L'élève va s'efforcer de répondre rapidement à la question suivante dans l'espoir d'être récompensé. » (extrait des notes du cours de C. Depover)

 

« Le renforcement vicariant est indiqué lorsque des observateurs augmentent la fréquence d'un comportement pour lequel ils ont vu d'autres personnes être renforcées. » (Bandura, document de référence)

 

La punition vicariante

 

► La punition vicariante intervient lorsque les conséquences perçues comme négatives par les individus qui observent un comportement d’autrui ont tendance à réduire ce type de comportements.

 

« Dans la procédure de la punition vicariante, des conséquences négatives observées réduisent la tendance des individus à se comporter d'une façon semblable à celle du modèle. »

 

L’autorenforcement

 

► L’autorenforcement est un renforcement qui intervient en l’absence de renforcement externe immédiat. Ce processus dépasse l’anticipation d’un renforcement externe. « L’autorenforcement renvoie à un processus dans lequel les individus augmentent et maintiennent leur propre comportement en ce récompensant eux-mêmes avec des récompenses qu’ils contrôlent lorsqu’ils ont atteint un niveau de développement où ils se donnent des standards qu’ils ont eux-mêmes établis… Le terme d’autocontrôle sera utilisé de façon à recouvrir à la fois les effets d’accroissement fréquence et de réduction de fréquence du comportement sous l’effet des influences autoréactives. »

 

« Jusqu'ici la discussion a porté sur la façon dont le comportement est contrôlé par les conséquences externes qui sont observées ou dont le sujet fait l'expérience de première main. Si les actions étaient déterminées seulement par des récompenses extérieures et des punitions, les gens se comporteraient comme des girouettes changeant constamment de directions selon les influences momentanées qui les atteignent. »

 

« La notion selon laquelle le comportement est contrôlé par ses propres conséquences est habituellement interprétée à tort comme signifiant que les actions sont à la merci seulement des influences situationnelles. »

 

« Le comportement intervient souvent en l'absence de renforcement externe immédiat. Certaines activités sont maintenues par une anticipation de leurs conséquences mais la plupart des activités sont sous le contrôle de l'autorenforcement. Dans ce processus, les gens se donnent un certain standard de comportement et ils réagissent à leurs propres actions d'une façon qui est autorécompensante ou autopunissante. »

 

Mémoire représentationnelle

 

► Bandura ne semble pas s’attarder à cette notion. Il la cite à plusieurs reprises et par là, considère qu’il y a une forme de mémoire chargée de stocker les représentations de certains éléments du comportement sous une forme symbolique.

 

« Des expériences transitoires peuvent avoir des effets durables lorsqu'elles sont codées et stockées sous une forme symbolique dans la mémoire représentationnelle. Les représentations intérieures du comportement, construites à partir des exemples observés et à partir des conséquences informatives des réponses, servent de guide pour l'action extérieure en de futures occasions. »

 

Document ressource : "Bandura"
Bandura, A. (1980). L’apprentissage social, Bruxelles : Mardaga
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Vers : Dewey - Skinner - Bloom - Bandura - Piaget - Vygotski